Rarement vu une affiche vendant si mal une histoire : deux chaumières quelconques, des arbres chétifs et, devant, un champ gorgé d’eau. Le tout avec des couleurs lavasses. Ça n’envoie pas du rêve, mais allez, réssuré par les noms de Yôji Yamade et de Chieko Baisho dans le rôle principal, j’ai chaussé mes bottes pour m’aventurer dans le lisier et, franchement, aucun regret, tant le film est un émerveillement. L’histoire :
Hideko Konno fait partie d’une troupe d’artistes située à Tokyo et dont le but est de jouer des spectacles dans des endroits reculés. Envoyée dans l’un d’eux, elle rencontre l’association des jeunes du village dans le but de préparer la prochaine venue de la troupe, au début de l’été. Problème : le coût est énorme pour la petite commune, à tel point que les jeunes hésitent à refuser la proposition.
N’attendez pas une pléthore de péripéties. Ici, il n’y aura pas une histoire d’amour entre l’un des acteurs de la troupe et l’une des filles de l’amicale des jeunes, ou bien un incident technique pouvant ruiner la représentation tant attendue. Il y a bien des réticences, des incertitudes, quelques frictions avec des proches (le président de l’association, jeune fermier travaillant avec son frère aîné et qui se demande s’il doit continuer ainsi ou ne pas partir à la ville), mais tout cela suit un cours assez tranquille, finalement comme dans un épisode de Tora-san, ou bien un film d’Ozu. Cette prestigieuse comparaison s’impose complétement tant Yamada peut apparaître à cette époque comme une sorte d’héritier dans sa capacité à faire vibrer l’humain à travers de petites choses de la vie. Avec pour différence que si Ozu faisait dans la retenue, le statisme au ras des tatamis, Yamada est davantage dans l’agitation et le mouvement. Torajirô est un marcheur, tout comme l’est Konno, sémillant petit bout de femme qui crapahute pour accéder à des trous perdus et communiquer sa joie et son optimisme. Ici, autant le dire : Saku… pardon, Chieko Baisho défonce tout. On retrouve la gentillesse de Sakura, mais avec peut-être davantage d’espièglerie. C‘est un vrai bonheur d’assister à ces scènes, tout comme le permettent celles avec les autres personnages.
Ainsi les jeunes de l’amicale. Dès les premières scènes, difficile de ne pas les trouver sympathiques, de ne pas les aimer. Avec quelques coups de pinceau, Yamada parvient à esquisser le caractère de chacun et il suffit d’une demi-heure pour bien les connaître et créer un effet d’attente par rapport aux questions qui taraudent certains d’entre eux. Car il ne s’agit pas seulement de savoir s’ils seront capables de permettre au spectacle d’avoir lieu. Pour certains d’entre eux se pose tout simplement la question de ce que peut être le bonheur : rester dans le village natal, devenir un fermier, ou bien monter à la ville quitte à vivoter avec un petit boulot ? A la fin du film, il ne fera pas de doute que c’est surtout la première proposition qui prévaudra, ce qui ne signifie pas pour autant que la deuxième sera critiquée. Peintre de son époque, Yamada traque avant tout l’humain et ses facettes positives, et que son environnement soit rural ou urbain ne change rien.
On est donc captivé et positivement charmé par la douce fébrilité qui habitent ces jeunes pour se donner un but, quitter une vie un peu stagnante, et proposer à l’ensemble du village un spectacle qui sera un reflet de leur condition. Entassés dans le gymnase d’un collège, sept-cent personnes assistent à une comédie musicale, riant et pleurant devant des situations trouvant un écho dans leur vie ou dans celle de proches. Surprise ! Parmi ces spectateurs, ce type :
Eh oui ! Tora-san himself dans le rôle du chef des pompiers du village ! Evidemment, rien ne dit qu’il s’agit de Torajirô, mais il est plaisant de se dire qu’il s’agit là d’un passage éphémère de sa vie à la fois tranquille et toujours en mouvement, juste avant de retourner à Shibamata – et puis merde ! Tora-san pompier ! On se dit que les mecs qui lui ont confié le poste n'ont peur de rien !
On a pu parfois critiquer Yamada de sentimentalisme. Mais tout dépend aussi de sens que l’on accorde au mot, si on lui assigne ou non une charge péjorative. Si l’on considère qu’il s’agit juste d’accorder une place aux sentiments, alors oui, Yamada fait dans le sentimentalisme. Mais, ma foi, quand un réalisateur parvient à proposer une galerie de spécimens humains avec autant de facilité et de profondeur, je dois dire que, pour ma part, j’en redemande.
Mais combien de films Yamada et Baisho ont tourné ensemble ? Ils doivent taper un record.
J'avoue qu'en voyant l'affiche, celui-ci n'était pas une priorité. Mais en fait, hors Tora-san, il y a pas mal de films de Yamada qui me branchent (hormis les Gakkō... Je m'étais endormi devant le premier).
Les Mouchoirs jaunes et L'Echo de la montagne, avec Baisho et Ken Takakura, ça ne se refuse pas. 91 ans, Yamada. Je me demande s'il a encore la force pour en sortir un dernier. Son précédent, Flickering Life, avait l'air moyen. Faut qu'il termine sa carrière sur une note plus positive. J'aimerais bien un spin off sur le Poulpe.
Sinon, j'ai oublié de le mentionner dans la critique, mais Akira Terao, dans le rôle du directeur de l'amicale, très bonne prestation. Ça me donne envie de le voir dans d'autres films.
Argh ! J'avais envie de l'aimer celui-là, un film avec Delon courant nu sur une plage, la teub à l'air et entouré de bourgeoises à gros seins ! Mais en fait non, c'est chaud de l'apprécier. Pourtant il y a une certaine originalité dans cette variante scientifique et sociale du film de vampire. Mais d'un autre côté, que ça fait cheap ! On sens que Jessua a eu envie de faire son Rosemary's Baby, avec ce personnage de femme au milieu d'une sorte de secte cachant un horrible secret et faisant tout pour le découvrir. Mais Annie Girardot n'est pas Mia Farrow (cela dit plastique avenante de Girardot, alors âgée de 42 ans), et Jessua encore moins Polanski. Et au climat vénéneux et fascinant de Rosemary répond une atmosphère façonnée avec de bons gros sabots. Quant à Alain, plutôt que de voir sa bite, c'est surtout de le voir sourire qui est surprenant, et l'on se dit que, plutôt que d'insister sur le personnage de Girardot (elle est sympa, Annie, mais bon...), Jessua aurait dû davantage ménager de scènes pour mettre en valeur son personnage mi-inquiétant, mi-enjôleur. Musique particiulière sinon, faisant dans le tribal. Là aussi, l'originalité apparaît passablement lourdingue.
Non, j'ai rien contre Annie. Et c'était plutôt un bon choix : femme entre deux âges, venant de connaître une mésaventure sentimentale, avec le besoin de faire un break. Dans l'ensemble elle joue bien (et elle a un fort joli cul ). Après, il manque un peu de fièvre dans son jeu. Et puis, il manque aussi quelque chose à ses scènes avec Delon. C'est tout con, mais on a été habitué à le voir donner la réplique aux plus belles femmes du monde et là, ça fait bizarre. Cela dit, faudrait que je revoie Annie dans ses jeunes années, au moment de Rocco.
Ouais, je dois compenser quelque part après une longe de films yamadesques. Cela dit...
Traitement de choc est le seul film à proposer une séance de sauna naturiste avec massage à base d'algues. Hot ! Et pour les curieux, Alain et Annie en mode "bouts au vent" :