
Conte initiatique animalier, Bambi demeure encore aujourd'hui très touchant par sa pureté , sa naïveté et sa simplicité faite pour les touts-petits et l'autre côté, sous-jacent , pessimiste et visuellement hors-champ qui ravira les adultes par cette seconde lecture plus nuancée. Sans intrigue, l'histoire est tout simplement celle de la vie
(métaphoriquement celle des être humains car les animaux parlent et sont à deux doigts de l'anthropomorphisme ne serait-ce que les yeux du faon) , ici principalement forestière
(et facilement identifiable puis c'est typiquement un environnement familier des pays de l'hémisphère Nord : une grande partie de l'Europe et les USA ainsi que le Canada contiennent les espèces du film et le genre de forêt à savoir à feuilles caduques principalement) et qui, volontairement mais sans trop insister dessus, cherche à sensibiliser les enfants
(et les adultes) à la Nature et aux animaux ou comment immiscer l'écologie sans trop faire réfléchir le public ni trop "intellectualisé le dessin-animé.


Comme un petit poème , Bambi demeure une œuvre fragile, mélancolique et magnifique qui malgré le format 1.33 , déroule des dessins saisissants similaires à des peintures. La superposition de certains dessins permettent une profondeur de champ admirable qui renforce l'authenticité de l'imagerie impressionniste artistiquement plus convainquant que la suite toute lisse et multicolore sans nuance et dénué d'ambiance . Court, peu de dialogues et peu de chansons
(toutes chantées en voix-off et non par les personnages ce qui aide le ressentit plutôt positif d'un tel revisionnage malgré l'ambiance "Noël" qui se dégage des chants) , Bambi préfigure certainement le roi Lion qui reprend sous bien des formes la même narration et la même ambition que son prédécesseur. certains "plans" en sont très largement inspirés tout comme l'évolution de Bambi et de Féline
(le nom de la biche était-il un signe avant-coureur du futur chef d'oeuvre de la maison ?).


L'histoire de la vie, des bois, des saisons, de l'amour, la découverte de ce qui nous entoure, y trouver sa place et comprendre son rôle en assumant les responsabilités qui lui sont propres....Certains trouveront le ton "niais" mais le fond est loin de l'être car si tout le début et un hymne à la joie, par la suite le film sombre peu à peu dans le réalisme : la Nature bienveillante de la longue intro est remise à sa place et les éléments se déchainent
(l'orage, la pluie, l'hiver donc le froid, le feu) quand ce n'est pas l'aura des chasseurs (
hors-champ, superbe idée qui est pourtant discutable car l'Homme n'a pas sa place dans Bambi et sa seule existence l'est par un traitement manichéen qui le catalogue comme chasseur donc tueur et destructeur ou comment mettre l'Homme en dehors de la Nature alors qu'il en fait partie mais d'un autre côté c'est tout simplement une critique de la chasse et de ses méfaits, souvent gratuits car pratique exclusivement sportive. En permettant aux gamins de s'identifier au héros, donc un animal, et de ne pas monter les humains tout en les suggérant allégrement , Disney tente le pari de mieux "toucher" et d’éveiller les consciences. Le Roi Lion peut quant lui s’interpréter comme une évolution de Bambi : les hommes ne sont pas du tout présent donc aucun jugement sur eux n'est fait et le ton est bien plus adolescent, voir carrément adulte sur la fin avec des combats insistants, avec ralits et fratricide plein champ et terrifiant là où Bambi est peut-être trop réservé, plus suggestif et à destination de plus petits) ou la mort de la mère mais encore le duel avec l'autre cerf. Un des plus beaux Disney de par la naturalisme mi-réaliste mi-impressionniste qu'il dégage et par l'épuration de son intrigue qui nous le dévoile comme un hymne, un chant ou une poésie forestière touchante et universelle.